Visuel_pinocchio_dramaticules

© Cie des Dramaticules

PINOCCHIO

d'après Carlo Collodi

Created in October 2020

Pinocchio ne veut pas grandir. Il préfère – quoi qu'il en dise – rester un pantin irresponsable ; ne jamais grandir pour être toujours libre.Tout comme Don Juan, Peer Gynt et les personnages du Magicien d’Oz, Pinocchio est jeté sur un chemin hasardeux qui le confronte à toutes ses frustrations, à toutes ses failles, à tous ses travers. Son voyage est un parcours initiatique dans une Italie fantasmée où les bûches prennent vie, où les animaux parlent et où les morts reviennent. L’action se déploie sur une multitude de scènes : la mer, la ville, la campagne, la forêt, un petit théâtre de marionnettes, le ventre d’un squale… Chacune des péripéties de son long voyage est un rite, l'élément d’une thérapie qui doit transformer ce monstre de Pinocchio en enfant « sage et dévoué ».

Je ressens une très forte adéquation entre la théâtralité que je défends avec mon équipe et la théâtralité du roman. Les thématiques y sont universelles : le libre arbitre, la quête d’identité, la transgression, le désir et la morale. L’oeuvre contient en elle une très forte célébration de la théâtralité et revendique – comme tous les contes – la supériorité poétique de la parabole sur l’anecdote, et de l’imaginaire sur le réel ; la fantaisie est partout et les épisodes se succèdent avec une jubilation frénétique qui accompagne la fuite en avant du héros.

Dans mon adaptation, je souhaite donner au texte une dimension de « partition verbale », en créant de fulgurantes variations d’intensités – et des coups de théâtre ! Pinocchio est un personnage en mutation. Je voudrais que le spectacle soit à l’image de son héros : mutant. Les artisans du spectacle auront la lourde tâche de dévoiler les artifices propres au théâtre sans trahir le mystère de la représentation. Il nous faudra plonger les spectateurs dans une réalité de rêve. Que de mises en abyme dans Pinocchio ! Et beaucoup de travestissements puisque six acteurs prendront en charge l’univers très peuplé de Collodi.

J’imagine ce spectacle comme une féerie pour adultes et enfants, placée sous le signe des arts forains - une féerie dans l'esprit des féeries de la fin du 19e siècle : nombreux éléments de décor sur roulette en 2D, toiles peintes, portants et malles de costumes à portée de main – les transitions devront être rapides. Revendications très fortes des artifices théâtraux, choix de couleurs saturées pour les lumières, vidéoprojection, environnement sonore ostensible – playback, doublage en direct, voix amplifiées – mais aussi rails de traveling, grue, caméras mobiles… Une fabrique théâtrale à l’instar de celles imaginées par Fellini au studio n°5 de la Cinecittà. Car pour ces aventures de Pinocchio, il nous faut créer un lieu de tous les possibles, pour donner simultanément vie aux souvenirs, aux fantasmes, aux mythes et aux rêves.

Jérémie Le Louët