Jonathan Frajenberg, Jérémie Le Louët, Dominique Massat, Laurent Papot & Julien Buchy
Créations

Macbett (recréation)

Farce tragique d'Eugène Ionesco

« L’histoire se répète toujours deux fois : la première comme une tragédie, la seconde comme une farce. » Karl Marx

Macbett n’est pas la caricature rassurante d’une des plus célèbres pièces de Shakespeare mais une opération critique sur le mythe. Macbett, c’est Macbeth fantasmé par Ionesco. Les motifs sont rigoureusement les mêmes : ambition, domination, barbarie ; le plus brutal, le plus fanatique, le plus narcissique accède inexorablement au pouvoir. Mais Ionesco marque son territoire : il nous raconte les destins extraordinaires de gens interchangeables et sans grandeur. Dans les temps modernes, il n’y a plus de héros et tout va trop vite. Macbett est un anti-héros et sa tragédie est une farce.

Notre projet est un projet de jeu ; la pièce appelle de toutes ses forces un théâtre d’acteurs déraisonnables, entre ferveur et désinvolture. La Compagnie des Dramaticules, qui a fêté ses 20 ans en 2022, fédère une équipe de comédiens et de techniciens, les mêmes d’un spectacle à l’autre. Chaque création, pensée « sur mesure » pour la troupe, n’est pas seulement le « résultat » d’un an et demi de préparation et de deux mois de répétitions. Elle est le fruit d’une aventure collective débutée avec Macbett de Ionesco en 2005, aventure qui voit chacun de ses protagonistes continuer d’avoir envie de se surprendre, de se dépasser, de s’aimer. 20 ans après, nous sommes d’autres artisans. Recréer, pour nous, c’est se réinventer, se régénérer. Hélas pour l’époque, la pièce résonne aujourd’hui bien plus fort qu’en 2005. La re-création de Macbett est donc davantage qu’un retour aux sources. Dans le moment de bascule que notre monde – et notre secteur – traverse, avec des guerres et des conflits qui n’ont jamais été si proches et si menaçants, cette nouvelle création traduit l’urgence que nous ressentons à célébrer la théâtralité dans son expression la plus pure – celle d’un grand théâtre de tréteaux qui raconte le monde d’aujourd’hui avec force et dérision.

Le refus de Ionesco d’un quelconque formatage, le voyage qu’il propose dans la théâtralité, les changements de registres (de la tragédie au vaudeville en passant par le conte de fée) offrent un terrain de jeu exaltant pour questionner la force du théâtre et sa capacité à raconter – à tous – la complexité du monde. Macbett de Ionesco, pièce paradoxale qui imbrique et conteste tous les codes théâtraux, est l’expression libre, grave et sarcastique qui a forgé notre identité de troupe. Divertissement pour les uns, cauchemar pour les autres ; cynique et naïf ; universel et iconoclaste. Macbett est définitivement « la fable, racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne veut rien dire. » Acte V, scène V, Macbeth de William Shakespeare.

Jérémie Le Louët

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